ENTRAINEMENT FATAL

 photo de titre

 

Juillet 1943 

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L’escadrille Kampfgeschwader 76 (La « KG76 ») est basée à Toulouse et vole sur Junkers88. Depuis 1940, ce bimoteur standard de la Luftwaffe est sur tous les fronts, et il est également utilisé comme avion d’entrainement avancé. Dans le Sud-Ouest de la France,  les jeunes pilotes de la KG76 s’entrainent à lancer des bombes d’exercice en béton sur une cible située au milieu d’une forêt proche de leur base Toulouse. 

1 - JU88 IN FLIGHTCe 21 Juillet 1943, le Junkers88 A4 numéro de série 885793 immatriculé F1+FU s’élance dans les airs (photo 1). A son bord, un équipage de quatre hommes : le pilote,  Günther Rose, l’observateur/mitrailleur Werner Leistner, le radio Raimund Brückner et un équipier Helmut Illmer. 

Cet appareil est déjà une « vieille » machine: il a été construit en Janvier 1942, il a été endommagé en mai 1943 à Tours à 30% lors d’un atterrissage d’urgence, à cause d’un problème moteur. 

L’appareil se dirige vers la forêt et commence à s’entrainer au bombardement en piqué, en déployant ses freins de piqué. Tout d’un coup, l’accident survient et l’appareil percute le sol à pleine vitesse : il est pulvérisé. Ses occupants qui n’ont pas pu se parachuter, sont tués sur le coup. 

2 4 L Que s’est-il passé exactement ? le pilote a-t-il fait une erreur de pilotage ? A-t-il mal évalué son altitude et raté sa ressource ? y a-t-il eu un problème technique ? (une collision en vol avec un autre appareil ? Un tel accident s’est produit deux mois plus tôt, le 21 Mai 1943, lorsque deux Junkers 88 se sont accrochés et se sont écrasés, entrainant dans la mort six des huit hommes d’équipage (voir note 1) ); 

Les archives ne le disent pas et la cause exacte du crash restera sans doute un mystère. 

Sur place, après le crash, l’armée allemande évacue les plus gros débris mais des centaines de minuscules fragments sont éparpillés tout autour du point d’impact… 

A la recherche de cet avion au terrible destin 

70 ans plus tard, ce  JU88 est oublié, son équipage a disparu des mémoires. L’Histoire n’a rien retenu de cet avion d’entrainement et de son destin.  Seule une photo aérienne de 1950 (carte) nous montre clairement la cible que les équipages visaient : une croix blanche au milieu de la forêt, cible entourée d’impacts de bombes; Le point de crash de l’avion ne doit pas être loin. 

CARTE CARTE

Sur place, le porte à porte nous mets sur la piste: deux habitants âgés des environs se souviennent de l’accident. Avec une Renault 4L  historique, ils nous amènent près du lieu du drame (photo 2).

Nous suivons nos guides, le long de chemins forestiers paraissant sans fin. Tout d’un coup, à même le sol, des morceaux d’aluminium. Le Junkers88 F1+FU a fini sa carrière à cet endroit précis. La recherche peut commencer.  

Préalablement à toute recherche, un lourd volet administratif s’impose : autorisations du propriétaire du terrain, de l’exploitant agricole, feu vert des administrations, de la préfecture, etc… Beaucoup de papier, d’explications, de photos.  Un clin d’œil et un sourire lorsque l’on nous demande de ne pas « ramasser des champignons, mousse, feuilles, brindilles et que la récolte de fleurs et notamment du muguet est rigoureusement interdite ».  Ce sont les fragments d’aluminium que nous recueillons, pas les champignons.   

La recherche, et ses résultats 

Un grand nombre de petits fragments d’aluminium sont ramassés. Mais leur état est déplorable : ils sont minuscules, tordus, broyés, parfois calcinés, l’avion a percuté à pleine vitesse et a été pulvérisé. Imaginez l’inertie d’un avion de 10 tonnes lancés à 600 kilomètres/heure !  

Le choc a été tellement violent que nous trouvons malheureusement assez peu d’éléments présentant de l’intérêt. Nous allons essayer de partager avec vous les images de ceux méritant de l’attention. 

De nombreux fragments de structure et de « peau » (la tôle légère qui est sur la structure de l’avion) : vous pouvez le voir sur les photos à quel point ils sont abimés (photo 3 & 4 ).  

  

Une trappe d’accès à un bouchon de remplissage (huile ou essence), plié en deux  (photos 5 & 6), la face avant de l’altimètre FL 22320 du tableau de bord  (photo 7 ), du plexiglass (le JU88 avait de nombreuses surfaces vitrées)  (photo 8 ), des composants d’équipement (photo 9), des étuis de la mitrailleuse MG (photo 10). 

  

Ce circuit électrique (photo 11) était la plaque de fond d’un boitier de communication situé à proximité du pilote et du bombardier. Ce boitier servait à la communication entre les membres d’équipage (photo 12). C’est sans doute le dernier équipement qui a été utilisé par le pilote pour communiquer avec son équipage.     

  

La boucle de parachute de l’un des navigants (photo 13) 

Une plaque qui était rivetée sur un frein de piqué (photo 14 ). Ces freins, montés sous la voilure, étaient déployés lors du piqué pour ralentir l’avion (sur l’image du JU88 en piqué (photo 15), on  distingue bien celui sous l’aile gauche) permettant ainsi au pilote de mieux viser l’objectif.

Et une plaque provenant d’une des pompes à injection du moteur JUMO 211 (préfixe « 9 »). (photo 16)  

  

Ce marquage (photo 17) indique un cache pour le « vide-vite » de l’appareil : c’était un dispositif qui permettait au pilote de larguer du carburant en urgence, pour alléger l’avion (photo 18).   

Deux pièces nous livrent les couleurs du camouflage de l’avion : bleu en dessous, vert au-dessus (photos 19 & 20);  

  

Une pièce sur laquelle on devine un marquage : qui saura nous livrer son secret?  (photo 21 )

Cette tringle enfin, est déterminante dans notre recherche (photo 22 ) : on peut y deviner le numéro de série de l’appareil (Werk Nummer : « WNr ») : 5793. Elle confirme formellement que nous avons affaire au Junkers88 « F1+FU » N° 885793, disparu le 21 Juillet 1943 et non l’un des deux avions du 21 Mai 1943. 

Sur le chemin voisin, une ailette de bombe d’exercice. La forêt en est parsemée, et les forestiers les connaissent bien (photo 23).

  

Le visage de l’un des hommes d’équipage 

Le hasard et la force de notre réseau internet nous fait découvrir le visage du mitrailleur, Werner Leistner, et le faire part annonçant son décès. C’était un jeune autrichien de 21 ans, originaire de Linz (photos 24 & 25). 

 

Un autre type de recherche débute maintenant : celle de sa famille ou ses descendants. Si nous les trouvons, nous partagerons avec eux le fruit de nos découvertes, avec l’esprit qui guide notre quête depuis le début: la mémoire et le respect. 

 

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Note 1 : le 21 Mai 1943, les Junkers88 numéro des série 881484 et 886630  s’accrochent en vol au-dessus de cette même forêt. Les avions s’écrasent et l’équipage du premier périt totalement (Lt Joachim-Ernst Müller, Walter Pospiech, Herbert Meyer, Eduard Gruschka) et sur l’équipage du second appareil, deux sont blessés (Heinz Schmidt , Emil Meixner) et deux sont tués (Erich Lorey et Kurt Friedrich).