FW200 Condor

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source: Chris Goss

FW200 CREDIT C

source: Chris Goss

 

La Chute du Kondor Big01vue d'artiste representant l'accident -réalisée par S.Beilliard

 

for an English version, clic on this link: http://www.petit-fichier.fr/2016/02/22/english-version-nov-14/

7 Juin 1943, il fait un temps splendide dans le Sud de la France ;

Le Focke Wulf FW 200 « Condor »  numéro 52 de l’escadrille KG40 (insigne) décolle de Lecce, dans le Sud de l’Italie  en direction de Bordeaux;  

Les Condor sont des quadrimoteurs Allemands à long rayon d’action. Basés sur la côte atlantique, ils harcèlent les convois alliés et envoient par le fonds les cargos qui ravitaillent l’Angleterre. 

2 Credit G2 - Le pilote Georg Ulrici, source: Gunther Ott, Archives KG40Celui-ci, immatriculé F8+DT, transporte 6 hommes. Le pilote Georg Ulrici (photo 2) est originaire de Wiesbaden et il a 21 ans. Il y a aussi quatre hommes d’équipage (Walter Drieschner, Günther Koch, Johann Niebauer, Franz Ziegon) et un « monteur » de l’usine Focke Wulf, Alfred Zitzen. C’est un vol de convoyage, l’avion  est  chargé d’objets personnels et de souvenirs pour leur proches: caisses de vin, nourriture, tabac, habillement, sacs à mains et chapeaux de femmes, etc… 

Quelques heures après le décollage, vers 13H30 et alors que l’avion survole la région de Najac, un moteur prend subitement feu. L’incendie est tellement violent que le bâti-moteur fond,  le moteur se détache de l’aile et tombe dans un vallon. La situation est grave car l’aile qui brûle risque se replier à tout moment. Devenu asymétrique, l’avion est difficile à contrôler. L’équipage cherche à de se poser en urgence mais la région est très vallonnée. Georg Ulrici repère un sommet relativement plat, le « Pech », et il tente une approche désespérée vers cette courte piste de fortune.  Cent cinquante mètres avant le début de cette piste improvisée, l’appareil accroche des arbres mais il réussit à poursuivre son vol. Il touche durement la lande, continue droit devant lui en semant des pièces sur son chemin. L’avion percute un talus, se soulève,  se casse en deux, et retombe, dégageant une immense fumée. 

Au même moment, la famille P. se promène sur le Pech : elle voit tout ! Suzette, âgée de sept ans ramasse des coquelicots, lorsqu’elle entend le bruit d’un avion. Levant la tête, elle voit une lumière sur l’avion (certainement l’incendie) puis elle distingue un objet tombant de l’avion (le moteur). Elle a l’impression que l’avion vient vers elle. Prise de panique, elle s’enfuit et va se cacher dans les Fougères.  Conséquence de cette immense frayeur, Suzette aura peur des avions toute sa vie ! 

Ses sœurs Elise et Henriette ont également vu le crash. Dans la panique générale,  elles filent se cacher dans le lit de la maison familiale sans que leurs parents les voient. Elles ne seront retrouvées par leurs parents - morts d’inquiétude - que dans la soirée. 

Dans un bois voisin, un jeune français est caché pour fuir le STO : voyant l’avion allemand arriver, il s’enfuit de peur d’être fait prisonnier;

Sur place, des gémissements sortent de l’avion brisé. Les habitants des environs accourent. Deux paysans témoins du drame accourent (voir leur témoignage dans le compte rendu de gendarmerie, en bas de page); Trois membres d'équipage sont sortis de l'avion par eux mêmes et ils se remettent du choc sous des chataigners. Mais les trois autres sont encore prisonniers du fuselage brisé et ils doivent en être extraits. Les villageois accourent ensuite. Un agriculteur qui a été 4 ans en captivité en Allemagne pendant la première guerre mondiale est menaçant envers l’équipage mais le maire le raisonne

Ils sont tous blessés mais vivants, le pilote a réalisé un exploit  compte tenu des conditions de l’atterrissage. Les trois plus gravement atteints partent sur Toulouse en ambulance vers 16h00. Les trois autres sont amenés à la ferme la plus proche , où ils sont allongés sur des matelas, des serviettes et des draps sont amenés, et il sont soignés par le médecin du village .  

Certains ont  été néanmoins très gravement blessés :  Alfred Zitzen décédera le 11 Juin de ses blessures et le mécanicien Franz Ziegon restera lui à l’hôpital plusieurs mois après le crash .

Le contenu de l’avion, lui, fera le bonheur des habitants des environs. 

Les gendarmes arrivés sur les lieux ramassent deux mitrailleuses, deux pistolets, un pistolet lance-fusée, et des cartes. Ils les remettent à la Feldgendarmerie qui arrive vers 18H00.

Quelques jours après l’accident, les équipes de récupération allemandes viendront démonter l’épave : elles resteront plusieurs semaines sur place, réquisitionnant habitations et charrettes pour mener leur tâche à bien. 

Plus tard, et pour remercier le village d’avoir secouru l’équipage allemand,  quatre prisonniers français originaires du village seront libérés:  quasiment « un pour un », l’armée allemande le faisait souvent pendant la guerre. 

Georg Ulrici continuera sa carrière dans la Luftwaffe. Vers la fin de la guerre, il sera transféré dans la chasse car l’urgence est à la défense du territoire. Il sera abattu le 23 Décembre 1944 à Kaisersesch  avec son Focke Wulf FW 190 A8 numéro de série 737367 (profil FW190 ) et son corps ne sera retrouvé qu’en février 1945.

FW190profil FW190 - credit Bravo Bravo aviation

 

A la recherche du Condor

Le Condor est un avion mythique, produit à peu d’exemplaires (262 seulement, alors que, à titre de comparaison,  plus de 30,000 Messerschmitt 109 ont été fabriqués !) et pour cette raison, retrouver la trace d’un tel appareil est exceptionnel. 

Après avoir localisé le Pech et demandé toutes les autorisations adéquates (propriétaires, administrations etc..), nous allons sur le terrain. 

Sur place, il est intéressant de constater combien ce fait de guerre est toujours vivant dans la mémoire des habitants des environs. Une belle pièce de structure nous est donnée, vraisemblablement un élément de gouverne de vol (photo 3) et la recherche sur le terrain commence, guidée par les témoignages vivaces des uns et des autres (photo 4). 

Tout d’abord, une splendide pompe à carburant est trouvée dans le talus (photo 5). Puis, un cadre encore peint dans un autre talus en contrebas (photo 6 ). 

Dans la terre, de nombreuses pièces (photo 7) : le camouflage typique des avions de cette escadrille est bien visible (« RLM » 02, 65, 66… ).  Malgré le temps (et les labours !) le bon état de conservation de ces couleurs est frappant et on le constate en comparant ces fragments avec un nuancier d’époque (photos 8 9 10)

Des plaques sont trouvées et leurs marquages nous révèlent leur utilisation ou leur origine (photo11): la première en haut à gauche révèle la date de fabrication de l’avion « BAUJAHR 5 41 », celle en dessous marquée « 323 » confirme le type du moteur (« Bramo 323 R2 » ) :  Eberspächer est une société fabriquant des échappements et qui existe toujours en Allemagne dans la ville de Esslingen. 

La plaque suivante en dessous  est électrique et relative à l’armement, et celle en bas à droite provient d’un indicateur de pas d’hélice (« Steigunganzeiger » photo 12 ), peut-être celui du moteur ayant causé le crash de l’avion ?  

Des morceaux de verre (tessons) confirment l’anecdote racontée par les habitants des environs (photo 13) : l’avion transportait bien des bouteilles. Ces tessons proviennent de bouteilles anciennes : le verre est épais, la « piqure » (le cul) et la contrebague (le haut de la bouteille) sont  hauts,  tous ces éléments sont caractéristiques d’une bouteille des années 40’. Les bouteilles à cette époque pesaient plus d’un kilo alors qu’une bouteille aujourd’hui pèse 600 grammes. 

Beaucoup de fragments de tôle d’aluminium, d’éléments de structure et de composants d’équipement sont aussi retrouvés. Cela permet d’imaginer à quel point l’avion s’est désintégré en atterrissant. Sur la photo 14, nous avons en haut à gauche des prises et caches électriques, en haut à droite un compteur du tableau de bord écrasé et à sa gauche des cerclages d’équipements, en bas nous avons de gauche à droite : le bouton de la pompe à carburant marqué « AP/SUM » (AP pour «AnlassePump » photo 15) fabriquée par SUM  (Sum Vergaser-Gesellschaft Carl Wirsum & Co. KG à Berlin) qui était opérée manuellement par le pilote ou l’ ingénieur navigant pour aider au démarrage des moteurs, un loquet servant à verrouiller une trappe, un guignol de commande de vol, un connecteur et des éléments de structure ;

Enfin, tout en bas, un joint de caoutchouc ; 

Enfin, une prise de contact est initiée avec l’équipe qui restaure un Condor en Allemagne, voir le lien suivant :

http://www.dlbs.de/en/Projects/Focke-Wulf-Condor/index.php

 les plus belles pièces leur ont été proposées : peut-être les moins abimées d’entre elles auront ainsi une seconde vie ? 

 

 

Vous pouvez lire le compte rendu de gendarmerie rédigé en 1943 sur le lien suivant :http://www.petit-fichier.fr/2016/06/21/rapport-g-2/

L’histoire de notre avion le FW200 C-3/U1 Wnr 0052

Le Focke Wulf 200 C-3/U1 numéro de série (« Wnr ») 0052 fut codé DE+OG en sortie d’usine puis il vola ensuite au sein de la KampfGeschwader  40 « KG 40 » avec l’immatriculation F8+DT ; Il possédait une tourelle D30/MG15 et quatre moteurs Bramo 323 R-2 de 1200CV.

Fabriqué en 1941 (CF par la plaque trouvée sur site « Baujahr 5 41 » = année de construction mai 1941) il servit d’abord à faire des essais de torpille. Il fut ensuite affecté à la neuvième escadrille de la KG 40 (« 9/KG40 ») basée à Bordeaux Mérignac ; Entre Octobre 1942 et début 1943, il opéra en méditerranée et ravitailla l’Afrika Korps, entre Lecce (au sud de l’Italie, dans le « talon » de la botte) et la Lybie. 

En Janvier 1943, à Lecce, cet avion fut endommagé à 25% suite à un atterrissage dur lié à un problème technique. Réparé sur place, il s'écrasa dans l’Aveyron lors de son vol retour vers Bordeaux;

 

Remerciements : C.Regel, T. Genth, O. Jordan, l’équipe Moca au grand complet, Günther Ott, Georges et Odette  Pourcel, Jeannot, Steve Polyak, Matti Salonen, 

Credit photos Condor : Chris Goss

Credit photo Epave et G.Ulricci: « Günther Ott, archives KG40 » 

8 Mai 2015

 

Ce 8 mai, une cérémonie a lieu dans le village où le Condor est tombé, plus de 70 ans plus tôt. Un historien allemand, Christoph Regel, est là, symbolique de l’amitié franco-allemande, le maire fait un discours devant le monument aux morts et une présentation de l’histoire de «leur » Condor est faite à l’ensemble du village, dans la salle des fêtes. Des photos de l'epave en cours d'enlevement sont montrées aux habitants du village.

Une journée émouvante, dont le compte rendu se trouve ici :

http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/11/2102143-a-castanet-une-ceremonie-du-souvenir-chargee-d-histoire.html