JU88 Trouvailles et Retrouvailles

photo 1 photo 1 MosquitoTIII RR299 Duxford juillet9MosquitoTIII RR299 à Duxford (Credit Joss Leclercq)

 

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Vous vous souviendrez certainement que nous avions retrouvé les restes d’un Junkers88 (Un « JU88 ») abattu près de Toulouse (allez voir l'article JU88 dans "avions allemands").

Cet appareil allemand s’entrainait au vol de nuit lorsqu’il fut surpris par un Mosquito anglais, piloté par Alexander Lawson, ayant décollé de Sardaigne quelques heures plus tôt.. Profitant de la nuit étoilée, le Mosquito surprit et abattit le JU88 qui ne s’attendait pas à une intrusion ennemie. 

(note : vous pouvez aller regarder en fin du présent article les pièces jointes  (i) une copie du carnet de vol d’Alexander Lawson, mentionnant cette mission et sa revendication (ii) le compte rendu d’accident de l’armée de l’air allemande. Il fut capté par les anglais : bien que codé par la célèbre machine « ENIGMA »,  les messages allemands furent décodés puis compilés dans ce qui fut nommé « ULTRA ». Enfin (iii)  sa traduction en français). 

Alexander Lawson terminera la guerre comme « Squadron leader » (chef d’escadrille ) avec 3 victoires confirmées et décoré de la « Distinguished Flying Cross ».Récemment, des recherches complémentaires sur le site du crash permirent de retrouver des pièces intéressantes du JU88 (photo 1). Nous nous proposons de « les faire parler » avec vous:  

  • Cette plaque (photo 2) révèle des informations sur l’appareil abattu: elle confirme le type de l’avion (cette machine était un JU88A5, version du JU88 à voilure agrandie) ainsi que sa date de fabrication (Août 1940). Cet élément a été fabriqué sous licence Junkers par le constructeur d’avion « Arado », ce qui explique la présence de ce nom. 
  • La deuxième étiquette (photo 3) comporte des instructions relatives au circuit hydraulique (traduction : «Attention ! ne connecter ou déconnecter le trim que lorsque le compteur et le condensateur rotatif ont été réglés») 
  • Cette plaquette, elle, (photo 4), était fixée sur le palonnier (« einneitspedal ») du JU88 (photo 5) ; 

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  • Un cache de protection en bon état (photo 6) peut être positionné dans le cockpit (photo 7) : il comporte des instructions destinées au pilote sur la séquence de démarrage du moteur ; 
  • Une roulette (photo 8) s’avère être la mollette de réglage du viseur Lötfe 7C. Le JU88 était aussi un bombardier (photo 9) . 
  • Ce petit composant (photo 10) marqué « boot /  frei » (traduction : « bateau /  libérer») était à côté du levier permettant de larguer le canot gonflable en cas d’amerrissage, regardez le schéma du manuel d’opérations du JU88 en photo 11;
  • Enfin, une pièce graduée qui parait être la partie inférieure du vernier de réglage de la lunette de visée (photo 12) ;

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Après avoir travaillé sur les vestiges de l’appareil abattu, il reste une autre quête: chercher à retrouver les hommes derrière ces machines.

Le premier élément m’arrive un peu par hasard : un passionné d’aviation danois lisant un de mes messages sur un forum spécialisé me propose la photo de l’un des membres de l’équipage du JU88. C’est en fait un faire-part de décès en sa possession qu’il me fait parvenir (photo 13/13bis). Ce document émouvant permet de visualiser l’un des quatre jeunes allemands tués à bord de ce JU88 : le mitrailleur de l’appareil. 

Puis, côté anglais, j’apprends que le pilote du Mosquito a continué de voler après la guerre. L’idée me vient alors qu’il est peut-être encore vivant Je pars à sa recherche: j’envoie en Angleterre des courriers et des mails à de nombreuses associations d’anciens de la Royal Air Force, du squadron 23, etc… pour retrouver sa trace.

Cette quête reste sans résultats pendant environ deux ans, jusqu’au matin où mon téléphone sonne : une voix anglaise âgée demande à me parler, et c’est lui, Alexander Lawson, le pilote du Mosquito qui a reçu un de mes messages et avec qui le contact est pris. 

Quelques mois plus tard, je le rencontre à Londres (photo 14) et il me raconte cette nuit du 6 janvier 1944 pendant laquelle, avec trois Mosquitos, ils s’étaient relayés au-dessus de Toulouse pour harceler les équipages allemands qui s’entrainaient.  

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Alexander me donnera aussi le contact de son navigateur, vivant en Nouvelle Zélande, avec qui j’aurai un échange téléphonique et qui me racontera cette mission de guerre. 

Ce complément d’enquête aura ainsi permis non seulement de retrouver des éléments d’avion intéressants, mais aussi d’associer des visages aux noms des protagonistes de ce fait de guerre;  

Car c’est bien là l’essence de notre quête qui consiste à toujours sortir de l’oubli la part de l’humain existant derrière chaque élément d’aéronef que nous pouvons retrouver.

 

Gilles Collaveri

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Note post article: Alexander Lawson nous a quitté début 2015, quelques mois après que nous lui ayons rendu une deuxième et dernière visite, c'était à l'automne 2014.

 

Remerciements : Francis Bergèse (dessin du Mosquito), Philippe Dufrasne, Thierry Frances, Alexander Lawson, Tom & Moira Lawson, Steve Polyak (pour son expertise unique),  Snautzer, Colin Woolfson, Britta Von Rettberg.

Crédit photo : Hans Ullrich Willbold (JU88),  Joss Leclercq (Mosquito)

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LOGBOOK A LAWSON.PDF

TRADUCTION RAPPORT ULTRA.doc