LANCASTER

Un bombardier dans mon jardin

credit Jérome Mathieucredit Jérome Mathieu


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Tout commence par un coup de fil de mon ami Jean-marc, qui habite le sud de Toulouse: « j'ai trouvé près de chez moi des pièces qui ressemblent à des morceaux d'avion, passe les voir quand tu as cinq minutes » (photo 1).

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Très vite, je suis chez lui pour examiner ces pièces.
Difficile de les identifier avec certitude. Je prends quelques photos (photo 2) et les affiche sur mon site favori (« 12oclock ») et la réponse arrive immédiatement: ces pièces proviennent d'un avion anglais; Le marquage « AM » (photo 3) signifie « Air Ministry » (Ministère de l'Air)

Je me renseigne sur une chute d'appareil anglais dans le sud de Toulouse et j'apprends que le 6 Avril 1944, lors d'un bombardement de Montaudran, un Avro Lancaster a été touché par un coup direct de la DCA allemande. Il a explosé avec son chargement de bombes, ne laissant aucune chance à son équipage de sept hommes.

J'essaie d'en savoir plus sur cet avion et l'un de mes contacts me conseille d'appeler une de ses amies : Arlette. Elle connait bien cet avion, me dit-il, et il me transmet ses coordonnées.

Rendez-vous est pris et nous faisons connaissance un soir: Arlette est une jeune retraitée hyper dynamique, passionnée par l'aviation de la seconde guerre mondiale. Elle connait bien cet avion puisqu'elle a accueilli les familles des membres de l'équipage venus se recueillir en 2001 au cimetière de la Fourgette sur leurs tombes.

Arlette s'engage à plonger dans ses archives et revenir vers moi quand elle aura réuni plus d'informations.

Trois semaines plus tard, mon téléphone sonne.

Arlette, fidèle à sa parole, a une piste : « en 2001, il y avait un témoin qui avait vécu ce drame dans sa jeunesse, mais je ne retrouve pas ses coordonnées, je me souviens juste qu'il s'appelait Nadai et habitait route de Revel ».

Et là, je reste sans voix. Quand je suis arrivé à Toulouse il y a une vingtaine quinzaine d'années, j'ai habité une petite maison Route de Revel, et j'avais alors des voisins retraités d'une gentillesse sans égale qui s'appelaient... De Nadai !!

Arlette prend rendez-vous avec eux, nous nous rencontrons, et oui, ce sont bien eux ! (photo 4). Plus de vingt ans que nous ne sommes pas vus ! Lles retrouvailles sont étonnantes de force et d'émotion, et René nous raconte ce qu'il a vécu quand il avait 16 ans.

Au milieu de la nuit, le bombardier a été pulvérisé en plein vol et des fragments sont tombés un peu partout dans les quartiers Sud de Toulouse. Un moteur était place de l'ormeau, une aile appuyée sur la maison de son frère en face de chez lui (photo 5) et le gros de l'avion était tombé sur l'emplacement actuel du garage Ford. René et sa famille étaient dans un abri et son père, resté à l'extérieur, avait vu un immense morceau de l'aile de l'avion se planter dans le sol à un mètre de lui !! René a même gardé un éclat de bombe retrouvé dans le jardin sur lequel la date de cet événement a été peinte. (photo 6)

René explique qu'il y avait des morceaux de l'appareil partout dans le quartier. Une idée me vient : « René, n'y aurait-il pas des morceaux dans votre jardin ?  me laisseriez vous chercher ? »

C'est parti, nous voici partis à la chasse aux morceaux de Lancaster (photo 7), excités comme des enfants. L'attente n'est pas longue: nous exhumons du jardin de René un morceau, deux morceaux, trois morceaux etc.. (photo 8).

22Ces fragments sont bien petits et en piètre état. L'un d'entre eux mérite notre attention : il porte encore des traces de peinture jaune (photo 9, la pièce sur le cadre), c'est indubitablement l'extrémité d'une pale d'hélice du Lancaster. Les avions alliés pendant la guerre avaient les bouts de pales peints en jaune vif (photo 10) .

Une autre idée me traverse l'esprit : s'il y a des morceaux d'avion dans le jardin de René, peut-être y en a-t-il dans « mon » jardin, là ou j'habitais vingt ans plus tôt ?

J'en parle à René qui me dit : « pas de problème, le voisin est un ami, revenez dans quinze jours et je suis sûr qu'il donnera son feu vert pour chercher chez lui».

Deux semaines plus tard, nous voici devant mon ancienne maison. Son propriétaire nous ouvre ses portes avec une immense gentillesse, et nous voilà repartis à la chasse. Cette dernière est fructueuse, et tout à coup, un objet plus gros que les autres sort de terre. Je le nettoie et suis surpris par ma trouvaille. C'est une montre gousset ! (photos 11 et 12). Note stupéfaction est immense. Aurait-elle pu appartenir à l'un des membres de l'équipage ? compte tenu de son mauvais état il est difficile de la « faire parler » mais je la confie à mon ami André, qui est à la fois ingénieur et aussi passionné d'histoire, d'archéologie et d'horlogerie ancienne.

Quelques jours et une électrolyse plus tard, voici la montre (photo 13). André a réussi à la nettoyer et il peut nous raconter son histoire (pour lire l'analyse détaillée de la montre, Voir ci-après. Ce dossier est réellement passionnant et je vous recommande d'aller le lire. Surtout, faites nous part de vos commentaires »). Fabriquée entre 1900 et 1920, c'est une montre de qualité qui a été produite par la marque suisse Presto qui était elle-même une sous marque de Louis Sandoz.


Confirmation étonnante, cette marque a bien exporté après la première guerre mondiale des chronomètres et des montres vers l'amirauté britannique.

Et voilà, nous en sommes désormais quasiment certains : cette montre gousset appartenait à l'un des membres de l'équipage du Lancaster. Elle a été sous mes pieds pendant plusieurs années avant que le hasard ne me remette sur son chemin, vingt ans plus tard.

J'ai rarement été autant troublé par une telle succession de coïncidences et je termine par ce qui aurait pu être le titre d'aujourd'hui : « retour dans mon passé».

Remerciements : Arlette Abgrall, Philippe Castellano, Jean-Marc Cau, Mr et Madame Gallet, Jacques Leroux, Simone et René De Nadai ;

"n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. »

PS : Dernière coïncidence... deux jours après avoir rédigé le présent article, je découvrais ce titre dans le journal du jour: « un moteur de Bombardier découvert avenue Saint Exupery ». (voir ci-dessous C'est bien évidemment l'un des moteurs de notre Lancaster qui venait d'être retrouvé lors de travaux de voirie à Toulouse.

Télécharger: 

LA_DEPECHE_22_Juillet_avenue_saint-exupery.pdf

 

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