LE FILS DU PILOTE 

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  you can read an English version of the article in this link: http://www.petit-fichier.fr/2016/02/23/article-gb/

1943 : UN MUSTANG S’ECRASE EN BRETAGNE

Il y a quelques années, Jean nous avait aidé à retrouver les vestiges d’un Mustang I crashé en 1943 en Bretagne Nord. Parmi les pièces retrouvées (photo 1) , il y avait  en particulier la montre du tableau de bord arrêtée à l’heure précise du crash  (photo 2), témoignage émouvant et symbolique du drame qui s’était déroulé là. 

Alors âgé de 16 ans, Jean avait vu l’épave de l’avion et le corps du pilote, qui avait été éjecté de l’appareil. Jean nous avait alors précisé que ce jeune pilote anglais était le père d’un jeune enfant, un garçon, âgé de quelques années seulement.

LA RECHERCHE DU FILS DU PILOTE

L’identité du pilote, Anthony Willcock, et les circonstances de l’attaque avaient été retrouvées sur Internet après une longue enquête, et l’idée avait germé de retrouver le fils du pilote –Christopher-, pour lui restituer les vestiges de l’avion de son père. 

Mais la tâche était immense : j’étais conscient que je cherchais une aiguille dans une botte de foin.

J’avais bien lancé plusieurs « bouteilles à la mer » : des courriers à des associations de pilotes de la Royal Air Force, des mails à des amis londoniens, des « posts » sur des sites internet, sans résultat. Je n’avais reçu aucune réponse, jusqu’à ce jour ….

FEVRIER 2012 : UN MAIL TOMBE… 

Bien qu’en vacances, j’ai gardé mon « blackberry » avec moi. Par reflexe, j’y jette un œil, et je vois un mail venant d’Angleterre, envoyé par une personne inconnue. Je le lis rapidement: « Monsieur, j’ai vu votre mail dans lequel vous recherchez Christopher Willcock. Cette personne, c’est mon père, il habite Oxford, il est très intéressé par vos recherches, prenez contact avec lui, voici son email… » ; 

J’explose de joie, et à peine arrivé à la maison, je saute sur mon ordinateur. Une correspondance forte et émouvante s’instaure entre nous.  J’ai une chance incroyable: je cherchais « Christopher Willcock » mais la personne à qui j’écris s’appelle « Klim Mc Pherson ». L’explication est la suivante : comme beaucoup d’anglais, Christopher a décidé d’utiliser son deuxième prénom, et ayant été élevé par son beau-père Mr. Mc Pherson, il a décidé d’utiliser son nom. C’est par un pur hasard que l’un de ses cousins faisant des recherches généalogiques a lu mon « post » sur le site internet « RAFCommand » et a transmis mes coordonnées à sa fille : c’est elle qui m’a écrit. 

Klim m’explique que son père a disparu alors qu’il était très jeune et qu’il ne l’a pas connu, il ignore tout des circonstances de sa mort. Après lui avoir relaté mes découvertes, il me déclare très rapidement «je veux vous rencontrer, vous et Jean. Quand puis-je venir en Bretagne ? »

LA RENCONTRE

J’organise un rendez-vous entre nous trois, Klim, Jean et moi. 

Trois mois plus tard, avec quelques amis proches, nous attendons Klim, sur une placette en Bretagne. A l’heure prévue, une voiture surgit, puis deux, puis Trois ! Klim a décidé de venir avec toute sa famille, ses trois enfants, ses petits-enfants, ils sont treize au total. 

Comme il fallait s’y attendre, c’est une rencontre pleine d’émotion (photo 3). Jean nous emmène sur le site exact où le père de Klim a disparu presque 70 ans plus tôt (photo 4), il nous raconte ce qu’il a vécu jeune et ce qu’il a vu : l’emplacement où l’avion était, et où le corps du pilote se trouvait. Klim explique à ses petits-enfants, qui sont très attentifs (photo 5). 

De retour à la voiture, je remets à Klim les vestiges de l’avion de son père, en particulier la montre du tableau de bord (photo 6). La Presse prend des photos et nous partons nous restaurer au village le plus proche. 

Ce que Klim ne sait pas, c’est que j’ai téléphoné à Madame le maire quelques semaines plus tôt en lui demandant de préparer un événement, et une surprise y attend  Klim. 

A notre arrivée, devant le monument aux morts, le conseil municipal au grand complet, les anciens combattants, le commandant de la base de Landivisiau (photo 7)etc.. sont là ;   

 

LA PLAQUE COMMEMORATIVE

Après plusieurs discours, Klim découvre ce que l’on attend de lui : dévoiler la plaque à la mémoire de son père qui a été apposé sur le monument aux morts. C’est ce qu’il fait, devant l’assistance silencieuse (photo 8); Et avec tous ses petits-enfants, et Madame le Maire, il pose devant le monument (photo 9) ;

Puis, Madame le maire invite tout le monde à la mairie à une réception. Des photos amenées par Klim passent de main en main, celle-ci frappe car la ressemblance entre Anthony Willcock et son petit fils est stupéfiante (photo 10). 

Un article dans le journal local se fera l’écho de ce moment unique (voir http://www.petit-fichier.fr/2013/11/01/ignacien-77-p-1-a-7/ignacien-77-p-1-a-7.pdf). 

Un déjeuner a lieu ensuite dans l’auberge du village: Klim, sa famille et les habitants du village, se retrouvent réunis (photo11). Au cours de ce repas, Klim fait circuler de nombreux documents sur son père et d’autres relatifs à sa disparition (photo 12) ; 

Ainsi se conclue une journée tellement intense en émotions qu’elle aura toujours sa place dans notre mémoire ou, comme le dirait notre nouvel ami britannique : « A day to remember ! »

En effet, fidèle en ce sens à la mission que nous nous sommes fixées, nos recherches auront permis de faire revivre un pilote anglais disparu pour notre liberté et de perpétuer sa mémoire vis-à-vis de son fils, de ses petits-enfants et, par là-même, de nous tous qui lui sommes tant redevable de son sacrifice.

Gilles Collaveri

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