AIMEZ-VOUS L'ARMAGNAC ?

ARMAGNACARMAGNAC

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Bien évidemment, il ne s'agit pas de la liqueur, mais de l'avion baptisé ainsi du nom .....
de la province « ARMAGNAC ».

0101En effet, c'était la pratique en France après-guerre de baptiser ses avions avec des noms de provinces françaises : Languedoc, Bretagne et Armagnac qui prirent l'air dans les années quarante et cinquante.
Le SE2010 « Armagnac » (« SE » pour « Société de Construction Aéronautique du Sud Est ») était un gros quadrimoteur qui vola pour la première fois en 1949 et fut construit en neuf exemplaires seulement. Le prototype s'écrasa à Toulouse en Juin 1950.
Bien que plutôt réussi techniquement, ce fut un échec commercial car sa réalisation s'était appuyée sur des concepts d'avant guerre, concepts dépassés dès 1950.

Pour de plus amples informations concernant l'Armagnac, n'hésitez pas à consulter l'excellent ouvrage de Laurent Gruz : « Armagnac, le géant oublié »(1) (chez www.livresaero., et disponible sur http://www.aerostories.org/~aerobiblio,)

Mais revenons à « notre » Armagnac, le prototype, immatriculé F-WAVA.

Son histoire est la suivante :

30 Juin 1950, peu après son 103ème décollage de Saint Martin du Touch avec deux célèbres pilotes aux commandes, Pierre Nadot et Léopold Galy, un bord d'attaque mal fixé se détache et l'avion devient incontrôlable. Les pilotes réussissent à revenir vers la piste de secours, mais rapidement, l'appareil devient impossible à maitriser : il touche le sol en dehors de la piste. Il fauche son train d'atterrissage, fait un tête à queue, et finit par s'immobiliser en feu (2).
Malgré la dextérité des pilotes, deux membres d'équipage sont tués (par pure malchance: un pylône électrique dans l'axe de la trajectoire sectionne la carlingue), ainsi qu'un ouvrier au sol qui était venu porter secours. Un pastel naïf, retrouvé dans le grenier d'un ancien employé ayant vu l'accident, décrit bien la scène (3).
0202Cinquante ans plus tard, rien ne subsiste de cet accident. Les champs et la campagne ont été transformés en un immense site de production, et les usines d'EADS produisent à présent des Airbus et des ATR (4). Même la stèle à la mémoire des victimes, mise en place au bord de la route dans les années 50, a disparu !

Mais, un jour, consultant le livre cité ci-dessus, je tombe en arrêt devant une photo aérienne du prototype après son accident (5).
Cette photo montre que l'avion s'est arrêté à un emplacement aujourd'hui encore habité par des particuliers.

J'entre en contact avec les propriétaires de ce terrain: avec gentillesse et spontanéité, ils me laissent entrer chez eux et m'autorisent à chercher dans leur jardin d'éventuels éléménts, témoins du drame survenu là 60 ans auparavant..

A première vue, rien ne laisse imaginer qu'un avion a brulé ici (6).

Pourtant, quelques minutes de recherche confirment le bien fondé de notre démarche : des vestiges de l'appareil surgissent (7). Une rondelle (8), des fragments de tuyauteries (9), une pièce avec encore des traces de peinture rouge (10) une cornière et ses rivets (11) une pièce avec une jolie forme aérodynamique mais dont la fonction nous est inconnue (peut-être une prise d'air. Avez-vous une idée ?) (12) des fragments de la surface extérieure de l'avion que l'on appelle la « peau », tordus et déchiquetés (13) un étrange tuyau qui s'avère être la valve de la chambre à air du pneu : (regardez à gauche le capuchon qui se dévisse, vous avez le même sur votre vélo) (14), et beaucoup de scories d'aluminium (15) car l'incendie a été très violent (16) et le métal fondu s'est transformé en billes d'aluminium.

0404Nous venons de trouver les derniers morceaux d'Armagnac existants, puisque le dernier avion de ce type fut malheureusement ferraillé à Bordeaux Mérignac en 1975.
(Décidemment, la France a du mal à conserver les témoignages de son passé !).
Ces vestiges sont exposés au musée de l'air à Toulouse, « Aeroscopia » qui a ouvert en Janvier 2015).

J'apprends par la suite que les fils respectifs de Pierre Nadot et Léopold Galy à savoir Claude Nadot (17) et: Jean Jacques Galy (18) habitent la région : je les contacte, suis reçu chaleureusement par l'un et l'autre, et tous deux acceptent avec émotion des fragments de l'avion piloté par leur père.

Et vous savez quoi ? l'Armagnac fut fabriqué dans la même chaîne d'assemblage que celle où est assemblé aujourd'hui le turbopropulseur ATR, qui fut la société dans laquelle Claude Nadot, le fils de Pierre Nadot, travailla, ATR qui est aujourd'hui mon employeur, ATR, enfin, dont l'adresse actuelle est... 1 Allée Pierre Nadot à Blagnac!

En conclusion, la boucle est bouclée.

Remerciements : Marie Bonzom, collection Jean Dieuzaide, Jean-Jacques Galy, Laurent Gruz, Gilbert Millas, Claude Nadot et les propriétaires du terrain, pour leur accueil et leur gentillesse !;

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