LE BLOCH DU LAURAGAIS

1 Bloch MB 131

Un illustre passager dans un avion oublié

Tout commence par  une petite boite transmise par un ami, Christian. Elle contient quelques pièces d’avion, certes brisées, mais en bon état (2). Christian nous explique leur histoire : « ces fragments proviennent d’un avion qui s’est écrasé au début de la guerre dans le Lauraguais ; C’est mon beau-père qui les a ramassés. A l’époque, l’épave était restée sur place un moment, les enfants venaient jouer dessus et il nous racontait que  les chambres à air, d’un jaune très vif, étaient utilisées pour fabriquer des élastiques pour leurs lance-pierres. Ces pièces sont restées dans cette boite dans notre garage depuis plus de 70 ans». Ce qui explique leur parfait état ; (3)

 

LES PIECES

L’analyse technique confirme que nous avons affaire à des pièces avion (l’une est marquée «Etablissements Labinal » (4). Notre réseau de spécialistes va nous expliquer, que selon la "Notice descriptive et d'utilisation de L'avion Marcel Bloch Type 131 RB4 1939" la pièce en forme de couronne circulaire (5) et d'où partent des fils fait fortement penser  à un composant du système de lancement des bombes "en traînée" (« l’intervallomètre » permettait de lâcher les bombes une par une avec un intervalle de temps prédéterminé).


L’HISTOIRE DE L’AVION

Nous avons de la chance : nous disposons d’une information capitale, la date du crash, qui est indiquée sur la boite. L’enquête commence et  l’avion est rapidement  identifié. Il s’agissait d’un Bloch 131 du Centre d’Instruction au Bombardement basé à Francazal.  L’histoire de cet appareil peut être reconstituée, la voici :

En Juin 1940, il fait un temps exécrable dans le Sud-Ouest de la France. Dans la seule journée du 18 Juin, trois avions fuyant l’avance allemande s’écrasent dans la région à cause de la météo : un Latécoère 298 près de Castres, un autre près de Montségur et un Léo 45 dans l’Ariège. Ce dernier s’est brisé en vol : une aile ayant été arrachée quand l’avion a été pris dans les turbulences.  

« Notre » Bloch 131, lui, s’entraine au bombardement  le 16 Juin 1940. Grace à Christian qui fait du porte à porte dans le village, le compte rendu rédigé à l’époque par le maire du village refait surface et porte à notre connaissance de nouveaux éléments. Le voici: 

Samedi 15 juin 1940

A 16h, un bruit insolite quand j’étais à Ensarny m’a appris qu’un avion venait de s’écraser dans le champ de Montcal au-dessous de la Jeanbernade ;  l’avion retourné, 4 hommes en tout, le mitrailleur coincé sous l’appareil n’a pu être dégagé qu’après piochage et était mort, le pilote cuisse cassée et plaie à la tête, les 2 autres, cuisses cassées et contusions nombreuses.

 Les moteurs arrachés. Il semble que le pilote ait commis une erreur de pilotage. C’est du reste ce que le colonel de Francazal a constaté avec un Commandant et un Capitaine. Je les ai fait transporter à l’hôpital militaire où l’un est mort en arrivant.

Météo : couvert, à 17h30 orage : 10mm d’eau

Dimanche 16 juin 1940

Le Commandant Saint Jours du centre d’aviation de Francazal est venu faire faire les actes de décès de 2 des aviateurs sur les 4, le sous-lieutenant St Martin député du Gers, et le sergent Père de Saône et Loire ». 

Sur place, un champ labouré (6) ne livre aucun élément mais Christian réussit à retrouver une photo de l’épave chez un agriculteur des environs (7). On voit que l’avion ne s’est pas désintégré, ce qui explique la relative chance de l’équipage dont deux membres ont survécu. On peut supputer que, volant à basse altitude avec une mauvaise visibilité, l’avion a touché le sol et s’est ensuite écrasé. 

UN DES MEMBRES D’EQUIPAGE ETAIT CONNU

Nous retrouvons le rapport d’accident de l’armée de l’air (8) rédigé à l’époque mais surtout, nous découvrons que l’un des membres d’équipage était une personnalité politique connue : le sous-lieutenant Paul Saint Martin était  (9) né le 4 Septembre 1901 à Simorre dans le Gers, il fut membre du parti socialiste, et Député du Gers dans la circonscription de Mirande (32) de 1936 à 1940. 

Initialement affecté à « la mobilisation à l'aérostation », il disparait donc en Service Aérien Commandé.  La dépêche du midi s’en fait l’écho (10) . Wikipédia nous apprend aussi qu’il fut, après sa disparition, « dénoncé et critiqué comme ayant appartenu à la Franc-Maçonnerie par la presse du gouvernement de Vichy » ;

 Nous avons cherché des descendants ou des membres de la famille de  Paul Saint Martin, mais sans succès : si vous pouvez nous aider dans notre démarche, n’hésitez pas à nous contacter. Cela nous permettra de « boucler la boucle » de cette machine oubliée.

Gilles Collaveri 

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Remerciements : Un immense merci à Christian Boblin qui qui est à l’origine de cette découverte et qui a réalisé tout le travail de recherche sur le terrain.