WIBAULT

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 Il fait beau, ce vendredi matin, et j'ai envie de sortir de prendre l'air, de faire quelque chose de différent, mais quoi ?
Je sors de chez moi, et je croise ma voisine, Muriel, qui revient de l'école.

photo 2photo 2Tout de suite, c'est elle qui a l'idée : « et si tu allais voir mes parents? mon père t'emmènera sur le lieu de crash de l'avion dont il t'a déjà parlé ».

Elle passe un coup de fil et c'est chose faite : me voici sur la route, et je deviens l'invité impromptu de Jean-Claude et Magali qui m'accueillent avec leur immense gentillesse habituelle.

Après le déjeuner, Jean-Claude me dit : « allons-y, je conduis car il faut connaitre ». Nous voilà partis à trois, sur les contreforts de la montagne noire.

Après un trajet dans des chemins cabossés dignes du rallye du Portugal, Jean-Claude s'arrête : « c'est par ici ». Une toute petite pancarte indique bien « stèle avion » (photo 1) et la direction à suivre, mais nous avons néanmoins du mal à trouver le monument.

Le voici ce monument : c'est un bâti moteur qui a été retrouvé il y a quelques années sur les lieux de l'accident, et qui a été transformé en mémorial. La plaque apposée nous livre l'identité de l'avion et de ses occupants: c'est un Wibault 283, avion Français (photo 4), et le nom des aviateurs disparus dans ce crash est cité.

Une petite heure de  recherche, et voici quelques morceaux d'aluminium, très tordus ou abimés pour certains d'entre eux (photo 5) : le crash a dû être terrible.

Retour à la maison : notre enquête peut commencer. Un peu de recherche sur internet, un petit « post » (une question) sur le site spécialisé, « Aéroforum » et ça y est, le puzzle s'assemble.

L'avion s'est écrasé le 3 Août 1936. A l'époque, les journaux en avait fait leur première page (photo 6), car le pilote, Gaston Génin, était célèbre. Il avait prouvé que les vols commerciaux étaient possibles par mauvaise visibilité, (Pilotage sans visibilité, appelé aussi « IFR » Instrument Flight Rules) et il avait accompli un mémorable raid Paris-Madagascar.

Le Wibault 283 appartenait à Air France et avait décollé du Bourget (Paris) à 2H45 du matin, en direction de Toulouse, puis Barcelone. Il était immatriculé F-ANBL et baptisé « l'Aventureux ». Vers Six heures du matin, l'avion percuta la montagne noire. Le choc fut terrible, l'avion se désintégra (photo 7) et les trois occupants furent tués sur le coup. L'appareil ne fut retrouvé que le lendemain après-midi, par un avion de recherche de la base de Toulouse Francazal.
Mermoz en personne vint de Toulouse pour aider à redescendre les corps de ses camarades, il posa son avion dans la vallée en contrebas.
Mermoz disparaitra à son tour quatre mois plus tard dans l'atlantique Sud à bord de la « Croix Du Sud ».

Les raisons de l'accident restent obscures. Il n'y avait pas de « boites noires » en 1936 dans les avions. Dans un premier temps, l'équipage fut accusé. On dit aussi que l'opérateur radio de Toulouse aurait communiqué une fausse information au navigateur de l'appareil, l'entrainant ainsi vers sa fin.
En fait, l'avion de Gaston Génin fut peut-être victime d'un phénomène de réfraction des ondes radios. La radio navigation n'en était en 1936 qu'à ses balbutiements.

Ironie du sort, le vainqueur de la Manche Louis Blériot disparut la veille, le 2 Aout 1936, et fit la une des journaux avec « l'Aventureux » ;

Retour au village: le père de Magali y habitait alors et il était présent le lendemain du drame. Il raconta les anecdotes suivantes : les villages environnants n'ayant que deux civières pour descendre les corps, c'est Mermoz en personne (célèbre pour sa carrure d'athlète) qui descendit sur ses épaules le corps du troisième homme.
Puis, une cérémonie eut lieu dans le cimetière. Là, il y a une section protestante et une catholique, séparées par un mur. Le père de Magali racontait que l'un des cercueils avait été passé à bras d'hommes par-dessus le mur. En effet, l'un des navigants, de confession différente, avait dû être transporté dans l'autre partie du cimetière après l'oraison funèbre.

Quant aux fragments retrouvés, je les ai mis en valeur en les encadrant (photo 8) avec un bref descriptif de l'accident. Une reproduction d'un timbre paru dans les années 60 (photo 9) décore l'ensemble.

Ce petit cadre permettra de garder un souvenir empreint de respect, à la mémoire de ces pionniers disparus tragiquement, un peu oubliés.

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