ARADO 96

L’ARADO 96 du pic du Ger

Jeu de piste dans le temps…

Photo 1 – ©Thomas Genth



Août 1943 : les jeunes pilotes allemands s’entrainent dans le sud de la France avant de partir vers le front de l’Est, l’Afrique ou pour défendre le Reich.

L’escadrille « JagdesGeschwader » 101, basée à Pau utilise des Arado 96 (photo 1), un mince et élégant biplace d’entrainement équipé d’un moteur en ligne « Argus ».

Le 7 Août, le jeune Günther Wendt, survole Lourdes et le pic du Ger (photo 2) sur lequel une batterie allemande est installée. Avec son Arado 96 numéro de série 4356, il effectue des évolutions au dessus de la montagne, survole le sommet et tout à coup, pour une raison inconnue, il percute la montagne. Son appareil explose et se disloque : voilure arrachée, débris éparpillés.. Le pilote est tué sur le coup.

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Près de 70 ans plus tard, nous partons à la recherche de ce qui reste de cet appareil. La mission, cette fois, ci est un peu différente: l’ancien maire de Jarret nous a demandé d’essayer de retrouver la famille du pilote.
Des articles de journaux des années 60 et 70 nous ayant fourni des informations (photo 3) et Monsieur le Maire actuel nous ayant aimablement donné son feu vert, nos recherches peuvent commencer. La mémoire est encore vivace à Jarret sur cet accident.

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En montant vers le site du crash, un habitant de Jarret nous montre un muret (photo 4) sur lequel les soldats allemands descendant de la montagne ont posé le corps du pilote, le temps d’une pause.

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Après avoir gravi une pente escarpée, nous arrivons dans des sous bois ravissants (photo 5) et la recherche commence.

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Un morceau, deux morceaux, des dizaines de morceaux d’Arado revoient le jour ! (photo 6)

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Bien sûr, un tri s’impose car nous trouvons des éléments métalliques qui n’ont rien à voir avec l’avion : un grelot de cloche de bétail (photo 7), des douilles qui n’ont aucun rapport avec l’Arado (photo 8). Mon ami armurier Gilles est formel : ce sont des douilles de Winchester, utilisées par les chasseurs;

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8

Si l’on essaie de comprendre à quoi servaient ces pièces, voici ce que nous découvrons :
Une trappe de visite, portant encore des traces de peinture, permettait de faire la maintenance de l’avion (photo 9),

9

un cache de prise électrique (photo 10 et 10 bis ): comparer cette photo avec la pièce d’origine (photo 11 et 11 bis) ;

10
10b
11
11A

un connecteur électrique (photo 12),

12

une pipe d’échappement du moteur broyée par le choc (photo 13),

13

de nombreux morceaux de structure déchiquetée (photo 14),

14

du plexiglass du cockpit (photo 15),

15

des grilles de plomb de la batterie, qui étaient plongées dans l’acide (photo 16),

16

une membrure avec encore de la peinture (photo 17),

17

un support, belle pièce usinée, dont l’usage nous est inconnu (photo 18) ,

18

de nombreuses biellettes et des tringles de commande (photo 19),

19

un bouchon de réservoir (photo 20),

20

une plaque d’identification du moteur (photo 21),

21

des connecteurs hydrauliques (photo 22),

22

le tab de direction (photo 23) vous pouvez le voir sur le plan mobile fixe vertical de l’avion réel sur la photo 24,

23
24

un élément de la casserole d’hélice qui était si caractéristique avec ses ailettes (photo 25) regardez le dessin d’époque : Photo 26,

25
26

le fond de la montre de bord (photo 27) à comparer avec la photo de la montre originale « Borduhr » (photo 28),

27
28

un cerclage d’équipement de bord avec une marque/repère (photo 29). Une photo d’époque du cockpit nous permet de retrouver sur quel équipement il était monté : l’altimètre (photo 30).

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30

L’ancien maire de Jarret, passionné d’aéronautique, nous apprend que d’autres fragments de cet avion ont été récupérés: une aile a longtemps servi de luge aux enfants du village, de la tôle de l’avion a été réutilisée pour rafistoler des gouttières, un train d’atterrissage, l’embiellage et plusieurs cylindres du moteur (photo 31 ) ont été récupérés et sont désormais au musée de Luchon. Il y a quelques années, il a lui-même récupéré dans les ronces une grosse partie de l’appareil (photo 32), elle a fait l’objet d’échanges et elle est maintenant chez un collectionneur dans le Nord de la France;

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PANEL

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
La dernière pièce du puzzle, c’est l’être humain.
Je partais initialement sans aucune information sur ce crash : grâce à Internet (les sites spécialisés sur l’aviation de la seconde guerre mondiale) et Thomas Genth , un pilote basé en Allemagne, l’identité complète du pilote a été retrouvée:
Günther Wendt était né le 8.6.21 à Wittenberge, en Allemagne du Nord.
Il est enterré dans le cimetière militaire de Berneuil en Charente.
Les noms complets de ses parents nous ont même été transmis par Thomas:
Otto Karl Wilhelm Wendt et Marthe Emily Berta Wendt, née Schreiber, décédée en 1969, Ils s’étaient mariés à Kolberg (ancienne Allemagne de L’Est). Ils seraient venus dans les années 60 sur le lieu du crash, dit-on à Jarret, à la recherche de souvenirs.

La magie d’Internet est sans limites, dans le temps, dans l’espace.

Partant de quelques morceaux d’aluminium en montagne, nous avons reconstitué l’histoire d’un avion et celle de son pilote:

Gilles Collaveri
Gilles.collaveri@hotmail.fr

Remerciements, par ordre alphabétique:

– Christian Falliero, ancien maire de Jarret, écrivain passionné d’aviation
– Thomas Genth, pilote de Cessna 410 en Allemagne
– Ange Mur, Maire de Jarret
– Jacques Omnes, historien archéologue
– Gilles Sigros, armurier
– Britta Von Rettberg, relations publiques et traductrice
Et Tom Bonyphon pour son énergie inépuisable !

 

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