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Le crash du Heinkel 111 Wnr 5599 le 13 décembre 1941

1 He111 credit A1 He111 credit A.Baugartner

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«13 décembre 1941, le soleil se couche. L’escadrille 2/Kü.Fl.Gr.106 est basée dans le Nord de la France sur un aéroport en bord de mer, depuis environ un mois. C’est une escadrille qui a une mission difficile et assez ingrate: la reconnaissance, la surveillance et l’attaque d’objectifs maritimes dans la manche et le golfe de Gascogne. 

Il est 18H15 et il fait déjà nuit. Le Heinkel111-H2 numéro de série 5559 (1) est en approche. Quatre hommes à bord : Le pilote le Feldwebel Friedrich Bonsack, 36 ans, le co pilote l’Unteruffizer Gerhard Gawlik, 26 ans, le mitrailleur le Gefreiter Otto Wittig, 22 ans, et l’équipier le Gefreiter Heinz Schröter, 22 ans (2). 

2 Heinkel He 111 Credit A2 Heinkel He 111 Credit A.Baugartner

Ils ont hâte de se poser, la fin de l’année approche.  L’avion transporte d’ailleurs des marchandises: saucisson, chocolat, bouteilles, etc.. , peut être dans l’optique de Noel ? 

Le pilote voit la piste et l’avion et se prépare à atterrir mais le temps est très mauvais, comme cela est souvent le cas en décembre dans le Nord de la France. Le vent souffle très fort ce soir. 

Alors que la piste est en vue, une violente rafale déséquilibre l’avion. Le pilote essaie de corriger la trajectoire mais la vitesse de l’avion est insuffisante et le lent et lourd bimoteur décroche ; Entrainé par le poids de ses moteurs, l’avion pique du nez et s’écrase dans un champ. Ses quatre occupants sont tués sur le coup. La queue de l’avion est intacte, ainsi que l’extrémité des ailes, mais toute la partie avant de l’avion a été broyée par le choc; 

Dans les jours qui suivent, l’épave est évacuée mais des souvenirs subsistent dans la mémoire locale»;

 

Ce récit est une fiction, mais il est basé sur une collecte d’informations, de témoignages et l’analyse de vestiges découverts sur place. Voici donc l’enquête qui a mené à cette reconstitution :

Initialement, un extrait des archives allemandes nous livre ces informations: 

« 13 décembre 1941 : He111 Wnr 5559 détruit à 80% à 4,5 km au Nord Est de l’aérodrome, équipage (4 hommes) tué ». 

Le point de chute de l’appareil est indiqué avec suffisamment de précisions pour espérer trouver sur place des témoignages. Une demi-heure de route et nous voilà dans la campagne, à l’endroit qui nous semble correspondre au site de crash. La première personne croisée, c’est Yvon (3).

3 Yvon3 Yvon

Il a entendu parler de cet avion allemand, car ses parents lui avaient raconté le crash. Yvon est très serviable et il nous emmène de maison en maison, pour recueillir des témoignages. Nous allons successivement visiter son cousin dans une ferme proche, puis Etienne, un de ses parents âgé de 90 ans, un autre voisin, petit Guy (4), puis la mère d’un autre parent (5), et enfin un exploitant maraicher.

4 pti guy4 pti guy

5 Ferme5 Ferme

Près de deux heures sont consacrées à écouter et rassembler ces témoignages. Il en ressort qu’un « avion allemand est tombé dans le champ d’Egas, que c’était la nuit, que l’équipage rentrait, c’était vers la Noël, et qu’il transportait de la nourriture, des saucissons, du chocolat».

La deuxième partie de notre travail se déroule deux jours plus tard : fort des indications d’Yvon (6), nous partons sur le site de crash présumé chercher des pièces de l’avion, dans un  champ.

6 montrant le site6 montrant le site

Ce terrain est vraiment immense (7).

7 CHAMPS7 CHAMPS

Heureusement, Yvon nous ravitaille en café ! (8)

8 cafe8 cafe 

Deux heures et demi plus tard, nous sommes bredouilles (9) et plutôt déçus.

 9 digging9 digging

Nous avons trouvé (10) de la ferraille agricole (11), et des boulons de voie de chemin de fer (une ancienne voie ferrée est à quelques mètres).

10 finding10 finding

11 Pieces agricoles 11 Pieces agricoles  

Epuisés et un peu démoralisés, nous nous apprêtons à partir quand un homme arrive et nous aborde: «mon fils m’a dit que vous cherchiez l’endroit où l’avion est tombé, suivez-moi, je vais vous montrer ». 

C’est le propriétaire du champ, il nous emmène sur une petite parcelle sur laquelle nous étions passés rapidement et il raconte : « Dans les années 80, quand on labourait, des morceaux de métal et de plexiglass remontaient. La vieille dame qui habitait en face – elle est décédée depuis - m’a raconté que ces débris provenaient d’un avion allemand qui s’était écrasé là » ;

 

Rapidement, des vestiges surgissent. Il y en a peu mais indéniablement, ils proviennent d’un avion. Un peu de tôle, des fragments de plexiglass (le nez du He111 était vitré) (12), une biellette brisée. Cette dernière porte une plaquette : bien que difficilement lisibles, on devine des mots en allemand.

12 PIECES 12 PIECES

La nationalité de l’avion est confirmée (13). 

13 PLATE 13 PLATE

Tout d’un coup, un gros écho: nous dégageons un grand morceau de métal, pesant près de quinze kilos (14)  : c’est un pied de pale (15).

14 PIED DE PALE 14 PIED DE PALE

15 pale15 pale

Ce dernier est typique du Heinkel 111, nous avons bien trouvé « notre » avion. Le pied de pale lui-même, en fonte est bien conservé alors que la pale, en aluminium, se désagrège. La matière s’est transformé en poussière, c’est un phénomène classique que nous avons souvent constaté sur une épave d’avion après un crash suivi d’un incendie. 

La dispersion des pièces est surprenante : il y a relativement peu de pièces et ces dernières  sont localisées sur une petite surface. Nous sommes donc face à un crash «à faible énergie». (Un avion percutant à grande vitesse possède une grande énergie et projette des pièces sur des dizaines de mètres carrés). 

Cette constatation prend tout son sens lorsque l’on réalise que nous sommes à 4,5 km du seuil de piste : l’avion s’est écrasé peu avant l’atterrissage, il était donc assez bas, et volait lentement. Ceci est conforté par le fait que l’avion a été détruit à 80% et non à 100% comme cela est souvent le cas quand un avion s’écrase en percutant le sol à grande vitesse : on peut supposer que l’empennage et les extrémités de voilure subsistaient (16), et nous avons donc affaire à un crash « lent », sans grande énergie. Malheureusement pour l’équipage, le nez en plexiglass protège très mal en cas d’accident et les quatre hommes ont péri dans le crash. 

16 He111 credit A16 He111 credit A.Baugartner

Une rafale de vent déséquilibrant l’avion est très vraisemblable. Par acquis de conscience, nous vérifions que ce Heinkel n’a pas été abattu par un chasseur de nuit anglais. La question est posée sur un forum spécialisé : c’est confirmé, il n’y a pas de revendication anglaise ce soir-là dans cette zone. 

Puis, des archives allemandes nous confirment le scénario :  « le 13 décembre 1941, le Heinkel 111 H2 Wnr 5599 immatriculé CA+MN s’écrase à l’atterrissage , par manque de vitesse et déséquilibré par une rafale »; (17)

1717

A la lumière de ces éléments, le scénario du crash de ce Heinkel 111 prend forme : c’est celui que vous avez découvert au début de cet article. 

 

Cette enquête permet de mieux comprendre ce qui s’est passé et reconstituer le parcours d’un avion oublié. 

C’est la tâche que nous nous sommes fixé: aller chercher les souvenirs pour ranimer la mémoire, celle des avions oubliés et celle de leurs navigants.  

 

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ENTRAINEMENT FATAL

 photo de titre

 

Juillet 1943 

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L’escadrille Kampfgeschwader 76 (La « KG76 ») est basée à Toulouse et vole sur Junkers88. Depuis 1940, ce bimoteur standard de la Luftwaffe est sur tous les fronts, et il est également utilisé comme avion d’entrainement avancé. Dans le Sud-Ouest de la France,  les jeunes pilotes de la KG76 s’entrainent à lancer des bombes d’exercice en béton sur une cible située au milieu d’une forêt proche de leur base Toulouse. 

FEU AU DECOLLAGE

1 He177 Credit S1 He177-Credit S.Beilliard

UN CHASSEUR OUBLIE

 

0 PROFIL FW190 Thierry DEKKER page 001crédit T.Dekker