JU88 NO6

JU88 NO6

LE JU88 DE COLOMIERS
Ou « retour dans le passé »

Photo 1Photo 1

Depuis longtemps, Paul m’en parlait : Un Junker 88 s’était écrasé dans la propriété d’une de ses amies. « Un petit mémorial a même été érigé » m’avait-il expliqué. Il fallait y aller..

Un beau matin, nous voici dans cette immense banlieue de Toulouse : Colomiers, la deuxième agglomération de la Haute Garonne après Toulouse, moderne, urbanisée et « équipée de rond points à tous les coins de rue ».
Dans cette ville anonyme , nous nous garons au pied de tours d’habitations, face à un mur en chaux d’un autre âge, sur lequel une plaque est apposée (photo 1).

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Une porte en fer forgé nous laisse rentrer et brutalement, nous nous retrouvons dans une autre époque. Un petit château jaillit du passé (photo 2), un parc immense et magnifique s’offre à nous (photo 3). Le temps s’est arrêté ici et l’histoire est omniprésente (photo 4). Un petit mémorial (photo 5) nous donne le ton : il est constitué par un radiateur de « notre » avion, qui a été retrouvé dans la propriété il y a quelques années.

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Nous entamons alors les recherches. C’est Paul qui commenceet très vite, les recherches 

Nous retournerons plusieurs fois dans la propriété de Madame B. et à chaque fois, les trouvailles seront au rendez-vous. Des dizaines de fragments d’avion revoient le jour (photo 7).

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L’histoire de cet avion est la suivante : fin 1944, après la fuite des allemands, les français libérés récupèrent le matériel qu’ils trouvent pour s’en resservir contre l’envahisseur qui bat en retraite. Leur devise : « retour à l’envoyeur » !
En Août, c’est d’abord le Groupe Doret sur Dewoitine 520 qui voit le jour.
Un peu plus tard, c’est le Groupe « Dor » (du nom de son commandant) qui est créé. Ce groupe récupère les Junker 88 disponibles sur Toulouse et ses environs. Malgré l’expertise de l’usine de Blagnac réalisant la réparation et la maintenance de ces appareils, l’exercice reste périlleux : manque de pièces, manque de documentation, appareils souvent sabotés.
Ces matériels sont tellement vétustes que l’offensive française sera même qualifiée de « guerre des pauvres ».
Le 13 Novembre 1944, trois Junker 88 du Groupe Dor s’apprêtent à décoller de Blagnac vers Cognac.
Les avions sont mis en route à 10h 40 mais l’un d’entre eux, le n°6, a des problèmes mécaniques, nécessitant des réglages sur l’un des moteurs.
Les appareils décollent, lorsque, peu après le décollage, le N°6 se met subitement en virage à gauche, vers Colomiers : c’est la catastrophe, il touche le sol, d’abord avec l’extrémité gauche de son aile, puis avec le moteur. Il percute le mur de la propriété dont il détruit partiellement une maison et il s’éparpille dans le parc de Madame B..
Il est 11h 00. Les corps des quatre membres de l’équipage, le capitaine Oberty, les adjudants Galland et Nicol, et le sergent-chef Mazières, seront dégagés entre midi et une heure.
Le groupe déplore ses premiers morts en service aérien commandé.

Ce sont les vestiges de cet avion que nous mettons à jour.

D’abord, il convient de faire le tri et d’expertiser ces pièces car nous découvrons beaucoup de témoignages de la vie de ce terrain, qui n’ont rien d’aéronautique : un mors (photo 8), des clous anciens (photo 9), une douille de fusil de chasse (photo 10), etc…

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Mais les témoins du drame sont bien là : des fragments de la structure avion broyée (photo 11 et 11 bis), des morceaux d’éléments rotatifs (photo 12), de la tuyauterie hydraulique (photo 13), un connecteur (photo 14), une tringlerie qui servait sans doute à ouvrir la verrière (photo 15).

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Des morceaux de vie réapparaissent : une pièce de dix centimes datant de 1941 (photo 16) Peut-être appartenait-elle à un membre de l’équipage…

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Mais surtout, deux objets nous interpellent:
– un bouton portant le numéro « 22 » (photo 17). C’est Madame B. qui nous amènera une explication possible à ce chiffre. Le régiment de soldats marocains (des spahis) basé à Colomiers qui évacua l’épave était le vingt-deuxième régiment. C’est peut-être le bouton de l’un de ces spahis que nous avons retrouvé.

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– Plus émouvant, encore: nous exhumons un gobelet d’aluminium complètement aplati (photo 18). Un ami connaissant bien les objets militaires nous le confirme : c’est bien un gobelet de l’armée française. Celui-ci était certainement en possession d’un des membres de l’équipage et il devait être dans le cockpit lors du crash.

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Nous mettons quelques fragments de l’avion en valeur en les encadrant (photo 19), puis, Madame B. nous ayant mis en contact avec certains descendants de l’équipage, nous envoyons ce cadre à la fille du pilote, Claudine Mazières. Cette dernière n’a pas connu son père car elle avait dix-huit mois lors de sa disparition, et elle est très touchée par notre démarche qui fait revivre sa mémoire son courage et son engagement pour la Patrie.

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Elle nous prête alors l’album de photos de son père, et c’est grâce à elle que nous pouvons partager avec vous une photo du pilote de ce Junker 88 (photo 20). Nous profitons de cet album pour en extraire la photod’un avion rare de la fin des années 30′ le Loire 46 (photo 21).

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Grâce aux souvenirs de Paul, et aux recherches de Madame B. , un équipage français disparu tragiquement en 1944 a pu revivre le temps d’une recherche, d’un article et de quelques échanges avec leurs familles.

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