JU88

JU88

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L’histoire commence sur le marché de Tournefeuille (31) un beau dimanche matin. Je fais la connaissance de Paul, apiculteur historique (85 Ans) habitant Colomiers, grand expert es miel, et… passionné d’aéronautique, comme moi.

photo 2 photo 2 Pendant la guerre, Paul habitait une ferme située devant la piste de Saint Martin du Touch, juste derrière le « Delivery center » flambant neuf d’Airbus. Il a observé les Messerschmitt 109 et les Focke Wulf 190 qui y étaient basés.

Paul me raconte maintenant en détail ce qu’il a vu : les Potez 63 abandonnés au sol, les passages bas de FW190, les décollages de HE177 équipés de bombes volantes vers le golfe de Gascogne, bref, Paul est un puits d’histoire !

Et il m’explique qu’un soir en 1944, il a entendu du côté de Pechbusque quatre coups de canons suivis d’une explosion et d’une violente lueur, puis il a assisté au passage en rase-mottes d’un avion sur le terrain de Saint Martin du Touch, mitraillant la piste et les avions allemands parqués.
Il se rappelle aussi, quelques années plus tard, avoir fait la connaissance d’un agriculteur lui montrant le poignard d’un pilote allemand « abattu près de vieille Toulouse ».

Cette histoire me donne envie d’aller plus loin.
Je demande à Paul comment faire : il me demande d’attendre, il me dit qu’il va chercher.

Paul a des dons. Cachés, mais réels : il fait du pendule, il arrête le feu, Paul est quelque peu magnétiseur. Et je vous assure que c’est vrai, je l’ai vu faire !

Un dimanche matin, il arrive avec un papier sur lequel il y a écrit un nom.
La veille, il a pris l’annuaire de Pechbusque, et il a « choisi » un nom au hasard ; il a appelé en demandant si l’on n’avait pas entendu parler d’un avion écrasé pendant la guerre.
Les chances d’avoir une réponse positive sont proches de zéro : mais Paul s’entend dire : « oui, oui, passez, je connais quelqu’un qui vous guidera ».

Le jeu de piste commence. Nous partons ensemble le week-end suivant à Vieille Toulouse, chez cette personne, qui nous accueille aimablement, et nous suggère d’aller voir dans le village une autre Dame : Madame Damin. Ce que nous nous empressons de faire. Madame Damin a l’âge de Paul, Charmante, elle a beaucoup de sujets de discussions communs avec lui. Et elle nous raconte : enfant, elle a entendu un soir d’hiver, un avion passer très bas au-dessus de leur ferme, puis s’écraser un peu plus loin. Le lendemain, des débris jonchaient le sol et les restes d’un pilote étaient encore dans un arbre. Elle nous oriente vers un vallon bucolique ou l’avion se serait écrasé. Un peu de détection : rien…

Le porte à porte commence alors : de maison en maison, j’atterris chez Monsieur Monfraix. Il avait 20 ans le 6 Janvier 1944 et il se rappelle de tout. L’avion était en approche, c’était un Junker 88 (photo 1) qui faisait de l’entrainement. Feux de position allumés, en approche sur Francazal, le Junker n’a pas vu venir le Mosquito anglais (photo 2) en maraude. Quatre coups de canon et c’est fini, le Junker s’écrase en flamme. Quatre hommes à bord, quatre morts. L’un d’entre eux a bien essayé de sauter, mais il était trop bas. Les jours suivants, les allemands réquisitionnent les bœufs de François Monfraix pour remonter les débris.

François Monfraix a gardé un flap (photo 3) et il nous en fait cadeau. Difficile d’identifier son positionnement sur l’avion. A tout hasard, j’envoie cette photo à un site norvégien qui restaure un Junker 88 et je reçois une réponse dans les deux minutes, photos à l’appui, me montrant ou se trouvait cette pièce (photo 4 : en bon état, photo 5 : la place du flap est celle du trou sur la photo du moteur) : nous avons donc un volet moteur.

photo_3_flap
photo_4
photo_5

Puis, nous partons à la chasse : grâce aux indications de François Monfraix, c’est « bonne pioche » de suite (photo 6) . Nous extrayons des dizaines de fragments métalliques. De la structure avion (photo 7), un arceau qui entourait un équipement du tableau de bord du pilote (photo 8), un « zeus » (vis verrou permettant de fermer un panneau) avec un morceau de bakélite et un arceau de métal léger provenant sans doute parachute (photo 9), un interrupteur (photo 10), un fragment avec encore de la peinture bleue du camouflage (photo 11), de la tuyauterie hydraulique, des morceaux broyés témoignant de la violence du choc. La fin brutale du bombardier se lit dans ces fragments de métal (photo 12) .

photo_6 bonne pioche
photo_7 structure
photo_8 arceau
photo_9 zeus
photo_10 interrupteur
photo_11 bleu
photo_12 fragments

Puis, François Monfraix nous emmène chez un de ses voisins agriculteurs, habitant un peu plus loin. Nous pensons toujours au couteau.
Ce voisin, Mr Vicente nous reçoit : il est âgé et fatigué, mais il nous confirme la possession du dit couteau. Malheureusement, il ne le retrouve dans son immense ferme « bric à brac ». Par contre, il nous montre quatre douilles d’obus de 20MM trouvées le jour du crash, et accepte de nous en laisser un (photo 13). Expertise faite par un spécialiste arme à feu de Toulouse: les marquages du culot prouvent l’origine (Anglaise) et la date (1942). Nous avons bien l’un des obus qui a abattu le Junker 88.

photo_13
photo_13 douille

Une autre chasse démarre alors : celle d’Internet. J’essaie de retrouver les noms des victimes de ce combat, et toute information s’y rapportant;

Quelques « posts » sur des sites spécialisés comme « RAF command », ou « Luftwaffe Expert Message Board » et c’est chose faite !

Le Junker 88 A5 appartenait au 4 éme groupe du Kampfgeschwader 76 (escadrille de bombardement), était immatriculé F1+DU Son équipage était composé de quatre hommes : max Jungbeck max, Manfred Schäffer, Helmut Deigmöller et Andresen


Le Mosquito immatriculé « YP/ F » était piloté par Alexander Lawson, leader du Squadron 23, 4 victoires à son actif pendant la guerre, décoré de la Distingued Flying Cross, médaille rarement distribuée, et il a continué après la guerre à être pilote d’essai, en particulier sur le BAC111. Son navigateur était Gordon Robertson.

Nous allons les chercher et… les retrouver !!

allez voir dans la rubrique “avions allemands” l’article “trouvailles et retrouvailles”, vous serez surpris!

Grâce un témoignage d’époque et avec l’aide d’Internet, nous avons fait revivre un fait de guerre, trouvé les noms s’y rapportant. Finalement, nous avons un peu fait revivre la vie….

 

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